Poésie tibétaine
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Où que ce soit, qui que ce soit,
à Calcutta, au Népal, à Pékin,
à Lhassa au Pays des Neiges
tous les hommes que j'observe
ont, pour moi, la même attitude,
à la vue du thé, du beurre, des habits.
Même ceux qui n'aiment pas
le bruit ni le bavardage,
et dont les manières sont calmes,
pondérées, disciplinées,
n'ont jamais d'autres pensées
que celles d'un vieux pêcheur.
Les nobles fiers et crasseux
aiment louange et flatterie,
quant au peuple, il adore la ruse
l'esbrouffe et la tromperie.
Les jeunes préfèrent le jeu,
les délices de l'amour.
Et presque tous aujourd'hui
boivent bière, fument tabac.
Les gens sont si attachés
à leurs proches, à leur famille,
qu'ils haïssent et refusent
tous ceux d'une autre origine.
Pour moi, la nature humaine
est comme celle d'un boeuf!
Ils vont en pèlerinage
pour gagner en notoriété.
Ils pratiquent la maîtrise
difficile du chaud et du froid
pour obtenir leur nourriture.
Ils récitent la parole
du Conquérant pour mendier
quelque futile récompense.
Si l'on réfléchit clairement
à ce sujet tout est calcul
pour amasser plus de richesse.
Pour moi, chapeaux, robes, bannières et dais,
gâteaux sacrificiels, offrandes, boisson, nourriture,
tous ces rites accomplis
pour se donner de l'apparence
ne sont qu'ornements de parade.
Bien qu'on ne trouve point le bonheur,
dans la vallée pas plus qu'en haut de la montagne,
nous n'avons d'autre choix que de rester sur terre,
comme au fond de l'étable ou bien dans le chenil,
tant que notre illusoire corps de chair et de sang
n'a pas tout entier disparu.
Aïe! Une telle franchise
va choquer je crois bien du monde!
Gedun Chompel (1895 -1951) Traduit en français par Jean Dif